Conakry, 22 février 2026 – La réforme urbaine engagée par le Ministre Mohamed Lamine Sy Savané marque-t-elle le début d’un véritable tournant dans la gouvernance foncière en Guinée ? La question est d’autant plus pertinente que l’ambition affichée est claire : restaurer l’autorité de l’État sur le domaine public et redonner à Conakry ainsi qu’aux 33 préfectures du pays une image ordonnée, moderne et viable.
À travers un communiqué officiel signé le 19 février 2026, le Ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire a rappelé avec fermeté les dispositions de l’article 109 du Code foncier et domanial. Le texte souligne que le domaine public de l’État est exclusivement géré par le département en charge des Domaines et que toute initiative des collectivités décentralisées ou des établissements publics sur ces espaces doit se faire dans le strict respect des textes, en collaboration avec les services techniques compétents.
Une volonté de restaurer la discipline foncière
Depuis plusieurs années, la capitale guinéenne fait face à une urbanisation accélérée, souvent désordonnée. Constructions sans permis, non-respect des normes architecturales, occupation irrégulière du domaine public : les défis sont nombreux.
Le ministère entend désormais imposer une discipline administrative et juridique. Trois principes sont mis en avant :
• le respect strict des dispositions légales en vigueur ;
• la coordination obligatoire avec le ministère en charge des Domaines ;
• l’intervention des services techniques déconcentrés officiellement affectés auprès des collectivités.
Cette démarche vise à garantir la cohérence de l’action publique, sécuriser les actes administratifs, prévenir les conflits fonciers et préserver durablement le patrimoine de l’État.
Des missions de contrôle déployées sur le terrain
Le discours s’accompagne d’actions concrètes. À compter du lundi 23 février 2026, des missions de contrôle et de vérification seront déployées sur les différents chantiers de Conakry. L’Inspection générale, la Direction de l’Architecture, de la Construction et du Logement, la Direction de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme, la Direction des Domaines et du Cadastre ainsi que le Fonds de l’Habitat seront mobilisés.
Leur objectif : contrôler la conformité des travaux en cours, vérifier le respect des permis de construire, des baux consentis et de l’ensemble des documents administratifs délivrés par le ministère.
Ces opérations seront progressivement étendues aux autres localités de l’intérieur du pays, traduisant une volonté d’harmoniser la gestion foncière sur l’ensemble du territoire national.
Un chantier à forte portée politique
Au-delà de la dimension technique, la réforme porte une charge politique évidente. Mettre fin à l’occupation anarchique des sols et renforcer la gouvernance urbaine implique de s’attaquer à des pratiques enracinées et parfois à des intérêts influents.
La réussite de cette entreprise dépendra largement du soutien sans faille du gouvernement et du Président de la République. Sans appui politique solide, les missions de contrôle pourraient se heurter à des résistances administratives ou sociales.
Vers une nouvelle image pour les villes guinéennes ?
En appelant les autorités locales à faciliter le travail des équipes techniques et en invitant les citoyens à adopter une attitude collaborative, le ministère pose les bases d’une réforme participative.
L’enjeu dépasse la simple régularisation administrative : il s’agit de bâtir des villes mieux planifiées, juridiquement sécurisées et capables d’accompagner la croissance démographique et économique du pays.
Mohamed Lamine Sy Savané est aujourd’hui à un moment charnière. S’il parvient à aller au bout de sa démarche avec l’appui total des plus hautes autorités, Conakry et les autres villes des 33 préfectures pourraient entrer dans une nouvelle ère d’organisation et de crédibilité institutionnelle. Dans le cas contraire, cette ambitieuse réforme risquerait de rester une intention de plus dans l’histoire urbaine du pays.
