La Guinée est l’un des pays les plus riches d’Afrique en ressources minières. Bauxite, or, diamant, fer, uranium, graphite et autres minerais stratégiques constituent un patrimoine national dont les retombées économiques continuent pourtant d’alimenter le débat. Depuis plusieurs années, les populations s’interrogent sur la destination réelle des revenus tirés de ces richesses naturelles.
Et si le président Mamadi Doumbouya décidait aujourd’hui d’aller plus loin dans sa politique de refondation du secteur minier ?
Après plusieurs mesures visant à renforcer le contrôle de l’État sur les ressources naturelles et à exiger davantage de respect des engagements contractuels des sociétés minières, le chef de l’État pourrait engager un audit national couvrant l’ensemble des activités minières des dix dernières années. Une démarche qui s’inscrirait dans la dynamique actuelle de réaffirmation de la souveraineté économique de la Guinée.
Un tel processus pourrait réunir autour d’une même table les experts du secteur : juristes, avocats spécialisés, économistes, ingénieurs des mines, journalistes d’investigation, représentants des communautés impactées, organisations de la société civile ainsi que les services de défense et de sécurité.
L’objectif serait d’établir un diagnostic exhaustif de la gouvernance minière nationale. Quels contrats ont été respectés ? Quels engagements sociaux ont été honorés ? Quels investissements ont réellement bénéficié aux populations ? Quels manquements ont été constatés dans l’application du Code minier ?
Dans cette perspective, des enquêtes administratives, financières et judiciaires pourraient être envisagées afin d’examiner l’évolution du patrimoine de certains anciens décideurs ayant occupé des fonctions stratégiques dans le secteur. Les autorités compétentes pourraient alors vérifier l’origine des biens acquis, dans le strict respect des lois guinéennes et des procédures judiciaires en vigueur.
Les investigations pourraient également s’intéresser aux relations entre certains responsables publics et des dirigeants de sociétés minières ayant exercé en Guinée au cours de la dernière décennie. L’objectif serait de déterminer s’il existe des indices de conflits d’intérêts, de favoritisme ou de pratiques contraires aux intérêts de l’État.
Une telle opération, si elle était menée avec rigueur, transparence et respect des droits fondamentaux, pourrait permettre à la Guinée de faire toute la lumière sur la gestion de son patrimoine minier et de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions publiques.
Pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépasse désormais la seule exploitation des minerais. Il s’agit de savoir si les immenses richesses du sous-sol guinéen peuvent enfin devenir un véritable levier de développement pour les populations, conformément à la vision de transformation économique portée autour des grands projets miniers et du programme Simandou.
L’histoire retiendrait alors qu’au-delà des réformes engagées, la Guinée aura choisi de regarder son passé minier en face afin de bâtir un avenir fondé sur la transparence, la responsabilité et la justice économique.
I. NDIAYE
