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MINES ET ENVIRONNEMENT : À LA TABLE RONDE DE L’OGCE, FASSOU THÉA APPELLE À CONCILIER EXPLOITATION DE LA BAUXITE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE

Mamadou Pethe Diallo by Mamadou Pethe Diallo
19 octobre 2026
in A la une, Actualités, Afrique, Economie, Environnement, Mines, Santé, Sécurité, Societé, Transports
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Guinée : Aboubacar Koulibaly plaide pour des corridors miniers au service du développement territorial
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Le ministre de l’Environnement et du Développement durable rappelle que la croissance du secteur minier doit s’accompagner d’une protection rigoureuse des ressources naturelles, d’une réhabilitation des sites exploités et d’une meilleure implication des communautés.

À la table ronde de l’Observatoire guinéen du contenu local (OGCE), le ministre de l’Environnement et du Développement durable, Fassou Théa, a placé la protection de l’environnement au cœur des réflexions sur les retombées économiques de la bauxite et la transformation structurelle de la Guinée.

Dans son intervention, le ministre a souligné que le développement du secteur minier ne pouvait être dissocié de la préservation des ressources naturelles. Alors que la production de bauxite progresse avec l’arrivée de nouveaux investisseurs, il estime indispensable d’anticiper les conséquences environnementales et sociales de cette expansion.

Pour Fassou Théa, la question ne consiste pas seulement à mesurer les emplois créés, les recettes publiques mobilisées ou les infrastructures construites. Il faut également évaluer les effets de l’exploitation sur les terres agricoles, les cours d’eau, la biodiversité, la santé des populations et les conditions de vie des générations futures.

Simandou 2040 : l’environnement comme axe transversal

Le ministre a rappelé que l’exploitation de la bauxite s’inscrivait dans la vision stratégique Simandou 2040 portée par le président de la République. Ce programme de transformation socio-économique, structuré autour de cinq piliers, mobilise des investissements dans l’agriculture, l’éducation, les infrastructures, l’économie et les services sociaux.

Selon Fassou Théa, l’environnement doit jouer un rôle transversal afin d’assurer la cohérence entre les ambitions de développement et les exigences de conservation des ressources naturelles.

Les investissements dans les routes, les chemins de fer, les ports et les raffineries peuvent contribuer à la transformation économique du pays. Toutefois, ils doivent être accompagnés de mesures permettant de limiter la déforestation, de protéger les terres agricoles et de préserver les écosystèmes traversés par les corridors miniers.

Le ministre a également évoqué le développement des formations et des compétences nationales, notamment à travers les initiatives associées à Simandou Academy. Pour lui, cette dynamique doit intégrer les métiers verts et les compétences nécessaires à une gestion plus durable des activités industrielles.

Des retombées économiques, mais aussi des coûts environnementaux

Fassou Théa a insisté sur les conséquences concrètes de l’exploitation minière. Derrière chaque tonne de bauxite extraite, a-t-il rappelé, se trouvent des sols décapés, des pistes ouvertes, des poussières, des risques de ruissellement et des pressions sur les ressources en eau.

Ces effets peuvent toucher les champs, les habitations et les communautés riveraines. Même lorsque des retombées économiques sont constatées, les populations locales peuvent estimer que les bénéfices obtenus restent insuffisants au regard des transformations que connaissent leurs territoires.

Le ministre a ainsi distingué les effets positifs mesurables de l’activité minière — emplois, recettes publiques, infrastructures et industrialisation — des conséquences environnementales et sociales qui nécessitent un suivi spécifique.

Son intervention a notamment mis l’accent sur la préservation de la biodiversité, des terres agricoles, de la qualité de l’air et des ressources hydriques. Ces enjeux deviennent d’autant plus importants que la Guinée ambitionne de développer davantage la transformation locale de ses minerais.

Les raffineries : anticiper les nouveaux défis

Le développement des unités de transformation constitue, selon le ministre, une nouvelle étape qui exige une préparation environnementale renforcée.

Fassou Théa a évoqué les chantiers de raffineries d’alumine engagés en Guinée, citant notamment les projets associés à SPIC, Winning et Chalco. Cette évolution industrielle doit permettre au pays de progresser dans la chaîne de valeur de la bauxite, mais elle soulève également de nouvelles questions concernant la consommation d’eau, la gestion des résidus industriels, dont les boues rouges, et la maîtrise des émissions.

Pour le ministre, la politique environnementale ne peut donc pas se limiter au contrôle des sites d’extraction. Elle doit également intégrer les usines de transformation et les infrastructures qui leur sont associées.

L’objectif est d’anticiper les risques avant leur apparition, plutôt que d’intervenir uniquement lorsque les conséquences deviennent visibles.

Préserver l’eau, un enjeu national et régional

La question de l’eau a occupé une place importante dans l’intervention du ministre. Fassou Théa a rappelé le rôle de la Guinée dans l’approvisionnement hydrique de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, en raison de ses massifs et de ses nombreux cours d’eau.

Il a insisté sur la nécessité de mieux connaître et de protéger ce patrimoine, notamment face aux besoins croissants des activités minières, des raffineries, de l’agriculture et des populations.

La gestion de l’eau dépasse, selon lui, les frontières nationales. Les décisions prises en amont peuvent avoir des conséquences sur la qualité et la disponibilité des ressources en aval. La protection des bassins versants constitue ainsi un enjeu à la fois environnemental, économique et diplomatique.

Le ministre a appelé à une gestion concertée des ressources naturelles afin de prévenir les tensions et de faire de l’eau un facteur de coopération entre les territoires et les pays de la sous-région.

Suivre les impacts et réhabiliter les sites exploités

Au-delà des orientations générales, Fassou Théa a défendu plusieurs mesures concrètes pour améliorer la gouvernance environnementale du secteur minier.

La première consiste à renforcer le suivi des activités minières. Pour lui, la délivrance d’un certificat de conformité ne saurait constituer une finalité. Les autorités doivent également évaluer régulièrement les impacts, vérifier l’application des engagements et exiger des mesures correctives lorsque cela s’avère nécessaire.

La deuxième priorité porte sur la réhabilitation des sites dégradés. Le ministre a insisté sur la nécessité de restaurer systématiquement les espaces affectés par l’exploitation, afin de limiter les conséquences durables sur les sols, la végétation et les ressources naturelles.

La troisième orientation concerne le développement d’emplois verts et les initiatives de reboisement. La restauration des espaces dégradés doit, selon lui, participer à la construction d’une économie plus respectueuse de l’environnement.

Enfin, il a mis en avant l’évaluation environnementale stratégique, qui permet d’apprécier non seulement les effets de chaque projet pris individuellement, mais aussi les impacts cumulés et les interactions entre plusieurs projets implantés dans une même zone.

Cette approche permettrait de mieux anticiper les conséquences globales des activités minières et industrielles sur les écosystèmes et les communautés.

Une responsabilité partagée entre l’État, les entreprises et les communautés

Pour Fassou Théa, la protection de l’environnement ne peut être menée efficacement par les institutions publiques ou les sociétés minières de manière isolée.

Le ministre a plaidé pour une collaboration étroite entre le ministère des Mines, celui de l’Environnement, les opérateurs miniers, les partenaires techniques et financiers ainsi que les communautés riveraines.

Ces dernières doivent être informées, formées et associées aux décisions dès les premières étapes des projets. Leur participation est essentielle pour mieux identifier les risques, prendre en compte les réalités locales et assurer un suivi transparent des engagements environnementaux et sociaux.

Cette concertation doit également permettre aux populations de mieux comprendre les projets, leurs retombées attendues et les mesures prévues pour limiter leurs conséquences.

La valeur de la bauxite se mesure aussi à la préservation des ressources

En conclusion, Fassou Théa a reconnu que l’exploitation de la bauxite produisait des effets induits importants, à la fois positifs et négatifs. L’enjeu, selon lui, est de renforcer les bénéfices économiques tout en réduisant les conséquences environnementales et sociales.

À la table ronde de l’OGCE, son intervention a ainsi rappelé que la transformation économique de la Guinée ne peut être durable sans une gestion rigoureuse des ressources naturelles.

La performance du secteur minier ne se mesure pas uniquement aux volumes exportés, aux recettes générées ou aux infrastructures réalisées. Elle doit également s’apprécier à travers la qualité des cours d’eau préservés, les terres restaurées, les écosystèmes protégés et les communautés qui bénéficient durablement du développement.

Un défi majeur pour la Guinée, appelée à concilier ses ambitions minières et industrielles avec la protection de son patrimoine naturel au bénéfice des générations présentes et futures.

Ibrahima NDIAYE
Journaliste d’investigation Mines, Environnement, Économie, Énergie et Relations communautaires

#Guinée #OGCE #FassouThéa #Environnement #DéveloppementDurable #Mines #Bauxite #Simandou2040 #ContenuLocal

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